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Story Publication logo May 20, 2026

South Sudan: In Unity State, Floodwaters Carry Oil Pollution (French)

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For decades, Unity State, South Sudan, has been plagued by a series of interrelated challenges: Land...

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Image by Marco Simoncelli.

This article was originally written in French and published in Mediapart. The key points of this article are presented in English below, followed by the original version of the story. For a full English version of this article, please click on the “Translate page with Google” button on the upper right-hand side.


Key Points

  • The people of Unity State, South Sudan, are living in oil-contaminated areas. Flooding spreads and exacerbates oil pollution.
  • Since 2021, Unity State has been slowly swallowed up. In a region already scarred by more than 10 years of civil war, the floods have erased landscapes, disrupted an ancient pastoral way of life, and submerged oil installations.
  • This has threatened the health of the inhabitants, who are reporting a high number of miscarriages and children born with deformities.

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Soudan du Sud : dans l’État d’Unité, les inondations charrient la pollution pétrolière 

Depuis 2021, l’État situé dans le nord du Soudan du Sud est lentement englouti. Dans une région déjà meurtrie par plus de dix ans de guerre civile, les crues ont effacé les paysages, bouleversé un mode de vie pastoral ancien et submergé des installations pétrolières, menaçant ainsi la santé des habitants et des habitantes.



Image par Marco Simoncelli.

01

Bentiu, État d’Unité, 8 mars 2026. Une jeune fille marche sur une des butées de terre qui protègent la ville, une bouteille à la main.Autour d’elle, des étendues inondées témoignent d’un paysage transformé par des crues prolongées. Victoria, qui alimente le Nil blanc, ont affecté plus de 700 000 personnes au Soudan du Sud. Déjà déplacées par des inondations précédentes, certaines communautés pourraient ne jamais avoir la possibilité de retourner sur leurs terres. 


Image par Marco Simoncelli.

02

Bentiu, État d’Unité, 7 mars 2026. Des habitant·es d’un camp de déplacé·es montrent un dessin qu’ils et elles ont réalisé de l’État d’Unité, situant notamment la ville de Bentiu et le vaste complexe pétrolier Unity Oilfield, dans le nord de la ville.

Découvert dans les années 1970, le pétrole soudanais a profondément transformé ce territoire, provoquant des déplacements bien avant la guerre et exposant aux nuisances, notamment environnementales, les communautés qui vivent à proximité des puits.Aujourd’hui, Unité est à la fois le cœur pétrolier du pays et l’État qui accueille le plus grand nombre de déplacé·es internes.


Image par Marco Simoncelli.

03

Bentiu, État d’Unité, 7 mars 2026. Depuis la digue du camp de déplacé·es de Bentiu, ancien site de la mission des Nations unies au Soudan du Sud (Minuss) en 2013, le contraste est brutal. D’un côté, des milliers d’abris serrés sur un espace exigu ; de l’autre, des eaux qui encerclent la zone.

Plus de 140 000 personnes vivent ici, protégées par des digues qui doivent être continuellement renforcées, dans des conditions de promiscuité intenables et avec des services sanitaires insuffisants.


Image par Marco Simoncelli.

04

Nord de Rubkona, 9 mars 2026. Un petit ensemble d’habitations sur une île au milieu des eaux stagnantes, en direction des installations pétrolières. La région fait partie du Sudd, une des plus vastes zones humides au monde. Les habitant·es étaient habitué·es aux crues saisonnières, pas à une submersion prolongée. Désormais, l’eau ne se retire plus et a englouti leurs moyens de subsistance.


Image par Marco Simoncelli.

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Périphérie de Bentiu, 11 mars 2026. Une femme transporte un seau sur la tête, le corps presque entièrement immergé, quelque part dans le Sudd, immense zone humide du bassin du Nil. Les populations vivaient au rythme des crues saisonnières.Aujourd’hui, l’eau est permanente. Cultiver, se déplacer, élever du bétail se fait désormais dans un paysage inondé.


Image par Marco Simoncelli.

06

Périphérie de Bentiu, 11 mars 2026. Une ancienne école, abandonnée car située hors de la zone protégée par les digues, se dresse dans l’eau stagnante.Au premier plan, une jeune fille boit directement l’eau qu’elle vient de recueillir dans une bouteille en plastique. Ici, cette eau sert à boire, à cuisiner et à se laver. Des maladies comme le choléra et la typhoïde sont fréquentes, mais les habitant·es n’ont pas d’autre source.


Image par Marco Simoncelli.

07

Rubkona, 11 mars 2026. Un pêcheur lance son filet depuis la digue. Faute de terres et de bétail, beaucoup de déplacé·es se sont tourné·es vers la pêche, alors que l’élevage constitue traditionnellement le cœur de la culture nuer (une population qui vit dans la haute vallée du Nil), majoritaire dans la région. Tous et toutes savent qu’il vaut mieux pêcher au sud : au nord, près des installations pétrolières, les poissons sont rares et souvent qualifiés de luer, mot nuer qui signifie « contaminés ».


Image par Marco Simoncelli.

Image par Marco Simoncelli.

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(À gauche) Bentiu, 7 mars 2026. Sur un des débarcadères, un garçon transporte une lourde tresse de poissons séchés destinée à la vente en gros. La pêche est devenue une ressource essentielle depuis que l’élevage décline. Comme au marché, les poissons provenant du nord, près des sites pétroliers, se vendent nettement moins cher : beaucoup les jugent contaminés et potentiellement dangereux.

(À droite) Camp de déplacé·es de Bentiu, 7 mars 2026. Des sacs de petits poissons sont vendus sur le marché du camp. Les habitant·es distinguent ceux qui ont été pêchés au sud de ceux provenant du nord, près des installations pétrolières. Ces derniers sont vendus à prix réduit, parfois presque moitié moins, car beaucoup les jugent contaminés et susceptibles de rendre malade.


Image par Marco Simoncelli.

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Au nord du Unity Oilfield, vers Pariang, 9 mars 2026. Une femme passe devant un puits de pétrole et sa station technique. Des dizaines d’installations similaires jalonnent la région. D’ici, le brut est acheminé vers Port-Soudan par le Greater Nile Oil Pipeline, long de 1 600 kilomètres. Ni clôturés ni protégés par des digues, ces sites se trouvent au cœur des zones où des communautés se sont installées.


Image par Marco Simoncelli.

Image par Marco Simoncelli.

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(À gauche) Pariang, au nord du Unity Oilfield, 13 mars 2026. Des infrastructures d’extraction surgissent au milieu de la plaine, sans clôtures ni digues pour les protéger des crues. L’État d’Unité concentre trois des principaux blocs pétroliers du pays. Le pétrole y assure plus de 90 % des recettes publiques, mais malgré des milliards générés depuis l’indépendance, la région reste marquée par l’instabilité et la précarité.

(À droite) Pariang, au nord du Unity Oilfield, 13 mars 2026. Un segment du Greater Nile Oil Pipeline émerge du sol dans une plaine exposée aux inondations, sans clôtures ni digues pour le protéger.


Image par Marco Simoncelli.

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Au nord du Unity Oilfield, 9 mars 2026. Un pasteur armé conduit son troupeau de zébus devant un puits au coucher du soleil. Lors des crues extrêmes de 2021, une grande partie des installations pétrolières et des bassins d’eaux usées ont été submergés et sont restés sous l’eau pendant de longues périodes, alors même que la maintenance était déjà insuffisante, avec des déversements documentés avant les inondations. Selon des analyses géospatiales réalisées en 2023, plus de 150 puits du bloc 2 du vaste complexe pétrolier ont été touchés.


Image par Marco Simoncelli.

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Près de l’aéroport de Bentiu, 8 mars 2026. Un veau mort repose au bord de la route,tandis qu’en arrière plan gît la carcasse d’un avion près d’une piste d’atterrissage. Les inondations répétées ont décimé une grande partie du bétail et réduit les pâturages. Des éleveurs affirment que des animaux meurent parfois sans explication apparente. Certains évoquent une eau contaminée qui empoisonnerait le troupeau.


Image par Marco Simoncelli.

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Périphérie de Bentiu, 11 mars 2026. Des femmes plongent dans les eaux froides et boueuses, parfois immergées pendant des heures, pour récolter les fruits du nénuphar. Traditionnellement consommés en période de disette, ces tubercules,réduits en farine, sont devenus une ressource essentielle depuis que cultures et élevages ont décliné. Ils poussent dans des zones inondées où se déposent les sédiments charriés par les crues, souvent à proximité des installations pétrolières.


Image par Marco Simoncelli.

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Rotriak, au nord du Unity Oilfield, 12 mars 2026. Une femme, après avoir lavé des vêtements, se tient au bord d’une mare qui était autrefois un bassin de rétention d’eaux usées, lié à un puits aujourd’hui abandonné, visible à l’arrière-plan. Selon des analyses satellitaires, cette zone reste régulièrement inondée. La localité de Rotriak accueille plus de 50 000 personnes déplacées et retournées vivre à proximité immédiate des installations pétrolières.


Image par Marco Simoncelli.

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Bentiu, 8 mars 2026. Le directeur sanitaire du comté de Rubkona, Dorgan Patai, désigne sur une carte les zones autour de Budang qu’il considère comme les plus exposées. « Depuis les inondations de 2021, nous voyons davantage d’avortements et d’enfants nés avec des malformations. Si cette pollution continue, nous craignons des conséquences à long terme, jusqu’à des cancers et à l’infertilité », explique-t-il, évoquant aussi la recrudescence de maladies liées à l’eau.


Image par Marco Simoncelli.

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Hôpital civil de Bentiu, 10 mars 2026. Nyapuka Nios tient son nouveau-né contre elle. Originaire de Rotriak, elle a accouché quelques jours plus tôt d’un enfant présentant des malformations visibles aux mains et à la lèvre supérieure.Aucun registre médical complet n’existe, pourtant les membres de la communauté et personnels de santé évoquent des dizaines de cas similaires ces derniers mois. La vérification scientifique reste extrêmement difficile dans un pays aux capacités de diagnostic limitées. « C’est la volonté de Dieu, murmure-t-elle. Dieu me l’a donné ainsi. »


Image par Marco Simoncelli.

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Centre de santé du camp de déplacé·es de Bentiu, 10 mars 2026. Nombre d’habitant·es attendent une consultation. Les conséquences sanitaires à long terme de la contamination restent inconnues et aucune étude indépendante exhaustive n’a été menée. En 2008, l’ONG allemande Sign of Hope avait déjà révélé, à travers des analyses capillaires, des niveaux élevés de plomb et de baryum chez des habitant·es proches des sites pétroliers. Environ 600 000 personnes étaient alors considérées comme à risque avant l’expulsion de l’organisation.


Image par Marco Simoncelli.

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Rubkona, 8 mars 2026. Ancien éleveur nuer, Samuel Gadit Biel, 73 ans, se souvient d’un temps où il possédait près de 200 têtes de bétail. « Notre richesse, c’était le bétail. Nous ne connaissions pas l’argent », dit-il. Lorsque le pétrole a été découvert, les communautés espéraient emplois, écoles, hôpitaux et accès à l’eau.

La loi prévoit que 5 % des revenus pétroliers reviennent à l’État et aux comtés producteurs. Pourtant, ici, il n’y a ni routes asphaltées, ni hôpitaux équipés, ni électricité, ni eau courante. « Aujourd’hui, le pétrole ne nous a rien apporté. Il tue nos vaches et rend nos enfants malades. »


Image par Marco Simoncelli.

19

Au nord de Bentiu, 9 mars 2026. Des arbres morts émergent des eaux qui recouvrent la plaine à perte de vue. En janvier 2026, le chercheur sud-soudanais Bul Duot Kuer a confirmé la contamination des sols et des eaux autour des sites pétroliers, avec des concentrations de mercure et de plomb dépassant les seuils de sécurité. « L’eau est fortement polluée et il n’y a aucun contrôle réel », affirme-t-il. Malgré des alertes anciennes, aucune réponse structurelle n’a été mise en œuvre.


Image par Marco Simoncelli.

20

Rotriak, 12 mars 2026. Un garçon est assis sur un ancien puits pétrolier abandonné. Pendant la guerre civile, des familles ont cherché refuge près des installations pétrolières, perçues comme plus sûres.Aujourd’hui, elles vivent au milieu de structures laissées sans protection, exposées aux inondations et à une pollution suspectée. Une génération grandit ici, au cœur d’une richesse qui ne lui offre ni protection ni avenir.


Image reproduite avec l'aimable autorisation de PlaceMarks/Mediapart.

21

(En haut) Cartographie réalisée par PlaceMarks. Ces photos montrent l’évolution des zones inondées dans l’État d’Unité en 2016 et en 2020, puis en 2021 et en 2025, ainsi que la localisation des principaux champs pétroliers. Elles mettent en évidence l’expansion des crues et la proximité directe entre installations pétrolières et territoires aujourd’hui submergés.

(En bas) Analyse satellitaire réalisée par PlaceMarks. L’image compare l’état d’un puits pétrolier situé le long de la route B58 en 2013 et en 2025.Autrefois construit sur des terres sèches, le site apparaît aujourd’hui partiellement submergé. Cette évolution illustre l’extension progressive des zones inondées autour des installations pétrolières depuis 2021.

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