An English summary of this report is below. The original report, published in French in Greenafia, follows.
Voracious and elusive, the armyworm decimates fields. But in the fertile hills of North Kivu, a response is being organized—driven by local, improved, and resilient seeds.
In the plains of the Graben, farmers face in turn prolonged droughts, unpredictable rains, and stubborn pests. Yet thanks to adapted varieties such as NERICA 4 and IRAT 112, and with the support of local cooperatives, rice farming is finding new strength… and a future.

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Vorace et insaisissable, la chenille légionnaire décime les champs. Mais dans les collines fertiles du Nord-Kivu, la riposte s’organise — portée par des semences locales, améliorées et résilientes.
Il y a quelques années encore, son nom faisait trembler les paysans : la chenille légionnaire d’automne, insecte ravageur originaire d’Amérique latine. Elle a frappé les cultures de maïs à travers l’Afrique. Apparue en RDC autour de 2017, elle a sérieusement compromis la sécurité alimentaire dans plusieurs provinces de l’Est, où le maïs est un aliment de base.
Dès 2017, le magazine Afrique Agriculture alertait :
«Des paysans déplorent et se trouvent désarmés face à l’attaque de leur culture par des chenilles d’origine brésilienne. Une famine accrue est à craindre… »
Aujourd’hui, si la menace persiste, elle ne provoque plus la même panique. Grâce à la recherche scientifique et à l’introduction de nouvelles semences résistantes, souvent soutenues par des organisations non gouvernementales partenaires du gouvernement, l’agriculture locale commence à s’adapter. Héritier Mbusa, enseignant en sciences agronomiques à l’Université Catholique du Graben (UCG) de Butembo (Nord-Kivu), concentre ses recherches doctorales sur des variétés de maïs capables de résister à la chenille légionnaire.

Il explique que depuis son arrivée en Afrique en 2016, la chenille légionnaire s’est installée durablement dans plusieurs régions agricoles. En RDC, elle prospère particulièrement dans les hautes terres de l’Est.
« Le climat tropical humide de notre région est idéal pour sa survie et sa reproduction », explique l’ingénieur agronome Héritier Mbusa.
Son arrivée coïncide avec l’introduction de variétés de maïs hybrides entre 2015 et 2017, dont la célèbre Bazooka, appréciée pour son rendement mais connue pour sa sensibilité aux maladies et aux insectes.
« Beaucoup de paysans associent l’arrivée de la chenille à l’introduction de ces semences. Mais il est difficile de le prouver. Les hybrides sont performants, mais souvent moins résistants aux ravageurs », nuance-t-il.


Autre facteur à prendre en compte, souligne le chercheur, la chenille est la forme larvaire d’un papillon capable de parcourir de longues distances à la recherche de conditions favorables, ce qui facilite sa propagation.
Selon les observations locales, aucune variété cultivée dans la région n’est totalement épargnée, mais certaines sont plus vulnérables.
« Cette chenille attaque principalement les céréales, surtout le maïs, mais aussi d’autres plantes. Elle a été introduite par les échanges commerciaux – notamment les semences – ou favorisée par des conditions climatiques propices à sa dispersion», ajoute-t-il avant de préciser que les variétés sucrées sont les plus attaquées, en raison de leur teneur élevée en sucres»
Le Bazooka figure parmi les plus ciblées, aux côtés d’autres maïs sucrés. À l’inverse, le maïs pop-corn ou fariné attire moins l’insecte.
« Lorsque vous mangez les graines de Bazooka, vous remarquez une douceur particulière. C’est ce qui attire la chenille », fait remarquer le chercheur.
Néanmoins, l’espoir est permis : « La baisse des rendements est réelle, mais l’adoption de semences améliorées, adaptées au contexte local et résistantes aux ravageurs, offre une voie d’espoir». Mais un fait est vrai, les agriculteurs doivent composer avec ce ravageur pour longtemps. Entre semences adaptées, gestion intégrée des cultures et suivi climatique, la lutte contre la chenille légionnaire s’inscrit dans la durée. Au stade actuel, il ne peut donc être éliminé mais maitrisé souligne le chercheur Héritier Mbusa.

En fin de palper les réalités des recherches menées sur les champs agricoles, nous avons suivi une équipe de la Coopérative centrale du Nord-Kivu (CONCENKI) dans le village de Luotu, située à une quarantaine de Km au Sud-est de la ville de Butembo.
Cette coopérative qui encadre des paysans également dans la culture de maïs a installé ses parcelles d’expérimentation dans les enceintes du Centre d’Adaptation des Produits du Secteur Agricole (CAPSA).

Pour l’expert agricole Bailo Katsongo, directeur de la CoNCENKI, le constat est net : « le maïs est une culture qui exige beaucoup d’eau. Sa production dépend directement de la régularité des saisons pluvieuses»
Dans les années 1950–1960, des calendriers agricoles instaurés à l’époque coloniale donnaient des repères clairs : «pour la saison de mars, les semis s’étendaient du 15 février au 25 mars. Pour la saison de septembre, on démarrait autour du 15 août », rappelle M. Bailo Katsongo.
Aujourd’hui, ces repères ne tiennent plus.
« Ces dates ne coïncident plus. Il faut des recherches pour redéfinir un nouveau calendrier agricole»
Faute de stations météo locales fiables, beaucoup de paysans sèment après une averse isolée… qui n’est pas suivie.
« Ils se fient à l’ancien calendrier, pourtant déphasé », déplore-t-il.
Le cycle du maïs varie fortement selon les zones agroécologiques : 3–4 mois dans certaines plaines, jusqu’à 6 mois en altitude. D’où la nécessité d’une planification climatique de long terme que seules des stations régionales bien équipées peuvent fournir.
« Avec une station météorologique régionale fonctionnelle, on pourrait fournir des prévisions couvrant toute l’année, avec des périodes de forte ou faible pluviométrie », souligne l’expert.

La chenille légionnaire s’attaque aux feuilles, réduit la photosynthèse et condamne les plants à produire moins. Les pertes peuvent atteindre 45 %.
« Si tu devais récolter 100 kilos, tu peux finir avec seulement 55 kilos », illustre Heritier Mbusa.
Pour se défendre, beaucoup de paysans se tournent vers les insecticides de synthèse. Efficaces mais coûteux, ils posent aussi des risques pour la santé et l’environnement.
L’enseignant Héritier Mbusa plaide pour des approches plus durables : rotation des cultures, cultures intercalaires et traitements à base de produits locaux comme le tabac, l’ortie, le piment, la cendre de bois ou le titonia. « Ces méthodes simples réduisent la pression des ravageurs sans nuire à l’environnement. Mais elles demandent formation et suivi », insiste-t-il.
Malgré leur vulnérabilité, les variétés hybrides comme Bazooka restent populaires. « Même attaquées, elles donnent plus de grains. Si on gère bien les chenilles, la production reste intéressante », explique le chercheur.
Cette logique de rendement immédiat entretient une dépendance aux pesticides chimiques et fragilise l’équilibre écologique des exploitations.
À Luotu, la Coopérative centrale du Nord-Kivu (CoNCENKI) s’attaque au problème à la racine : produire localement des semences certifiées et adaptées au terroir :
« Beaucoup d’agriculteurs utilisent encore des semences dégénérées, transmises de saison en saison. Notre objectif est de remettre sur le marché des semences fraîches, certifiées et adaptées », explique Bailo Katsongo, directeur de la coopérative.
En partenariat avec le Centre international pour l’amélioration du maïs et du blé (CIMMYT) basé au Zimbabwe, CoNCENKI reçoit des semences de pré-base, les multiplie en semences de base sur le site du Capsa Luotu, puis les confie à des agri-multiplicateurs sélectionnés. « Une seule saison agricole suffit pour passer de la pré-base à la première génération (R1) », précise Bailo Katsongo. Le Service national de certification des semences (SENASEM) supervise chaque étape.
Grâce à cette relance semencière, les rendements moyens sont passés de 1,5 tonne à 3,3 tonnes par hectare, et dépassent parfois 4 tonnes dans certaines zones comme le territoire de Rutshuru qui est une terre très adaptée à cette culture.
Mais la demande reste largement supérieure à l’offre. « Il y a encore des importations, ce qui signifie que la demande est bien plus forte que l’offre », reconnaît-il.
Pour sa coopérative, l’objectif est d’atteindre 5 à 6 tonnes par hectare grâce aux semences certifiées, à l’encadrement technique et à la modernisation des pratiques.
Pour réduire la dépendance aux hybrides importés, CoNCENKI mise sur les variétés composites ZM625 et ZM627.
« Les hybrides donnent de bons rendements, mais ne peuvent pas être ressemés sans perte. Les ZM, elles, peuvent être replantées deux à trois fois sans chute significative des rendements », souligne Katsongo. Autre avantage: elles produisent une pâte blanche, préférée dans la cuisine locale.

Pour Bailo Katsongo, la bataille contre la chenille et pour de meilleures semences ne se joue pas seulement dans les champs. « Ces producteurs vivent du maïs. C’est leur culture principale. Elle leur permet de nourrir leurs familles et de générer un revenu stable », insiste-t-il.
Son plan est ainsi de former, encadrer et suivre les producteurs de près. « C’est à ce prix que nous pourrons réduire les importations et positionner notre production à l’échelle régionale ».