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La capitale de facto de l’Est libyen, sous contrôle depuis 2018 du maréchal Haftar et de ses fils, est devenue une vitrine de leur mainmise sur la partie orientale du pays. Les bulldozers de l’armée s’emploient à métamorphoser la ville dévastée par des années de guerre.


Pour circuler à Benghazi aujourd’hui, il faut s’armer de patience et savoir négocier les nids-de-poule. Les routes en construction sont si nombreuses que celles qui restent en service peinent à satisfaire la profusion de véhicules sillonnant la ville côtière, capitale de la Cyrénaïque. Alors quand un chauffeur se retrouve coincé dans un embouteillage, au pied des portraits géants du maréchal Khalifa Haftar et de ses fils, impossible de savoir lequel des centaines de chantiers qui percent la cité cause le ralentissement.

Rabie Alhussein, lui, a chaussé ses rollers pour parcourir la corniche, bondée en ce tiède vendredi soir de l’été 2026. « Pendant la guerre, la population suffoquait, elle était privée du bord de mer. Nous avons patienté si longtemps avant de pouvoir retrouver cette bouffée d’air », se réjouit l’homme grisonnant de 50 ans, fondateur d’un petit club de patinage pour enfants. « Mais grâce au sacrifice de nos martyrs, Daesh a été vaincu et nous pouvons de nouveau jouer ici », vante le moustachu sous le regard de ses jeunes recrues.


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Centre-ville clinquant

Il aura fallu trois ans aux milices réunies par Khalifa Haftar dans son Armée nationale libyenne (ANL) pour venir à bout, fin 2018, du groupe État islamique qui avait pris possession de la majeure partie du centre-ville. Les âpres combats ont laissé derrière eux une ville dévastée. Jusqu’en 2023 où de vastes travaux de reconstruction ont été lancés dans toute la Cyrénaïque suite aux tragiques inondations qui ont presque rasé la ville de Derna, 300 kilomètres plus à l’est. Il aura fallu plus de 10 000 disparus après la rupture de deux barrages vieillissants pour que le clan Haftar se décide, à grand renfort de bulldozers, à développer l’est du pays sur lequel il règne sans partage depuis 2020.

Depuis, le logo doré du Fonds de développement et de reconstruction a envahi les rues. Abondé à l’origine à hauteur de 10 milliards de dinars (1,3 milliard d’euros), il est le principal véhicule civil de l’ANL pour mener à bien ses projets d’infrastructure. Le « Fonds », dirigé par Belgacem Haftar, fils du maréchal, construit en contractualisant avec des entreprises étrangères, souvent égyptiennes, turques ou émiriennes, une multitude de projets allant du stade de football jusqu’à l’université en passant par l’aéroport. « C’est une ville moderne qui nous attend. La patience des habitants de Benghazi est enfin récompensée », se réjouit Rabie Alhussein en désignant du doigt la silhouette du chantier des Benghazi Towers qui se dessine à l’horizon. Les trois édifices devraient, avec le plus haut gratte-ciel d’Afrique dont les fondations ont été posées non loin, former à terme le cœur d’un nouveau centre-ville clinquant.

Bulldozers en action jour et nuit

Le long de la corniche, le centre historique et ses vieux quartiers ottomans et italiens demeurent balafrés. Entre les immeubles effondrés et ceux défigurés par les impacts de balles, la vie semble avoir presque disparu dans ce qui fut le dernier bastion des djihadistes en 2018. Au milieu de la rue Al-Sharif, Kamal Al Beida passe le temps au téléphone, installé sur un fauteuil devant l’immeuble familial. « La plupart des habitants qui sont partis pendant les combats ne sont jamais revenus », note le vieillard souriant entre deux coups de fil. Lui continue chaque jour de profiter des lieux avant « qu’ils ne détruisent pour tout reconstruire, qu’on le veuille ou non ».

« C’est une ville moderne qui nous attend. La patience des habitants de Benghazi est enfin récompensée. »

Rabie Alhussein

Mais pour l’architecte indépendante Eman Elmazek, la vitesse à laquelle sont menés les travaux pose question : « Entre les systèmes d’égouts, l’électricité, les routes, la dépollution… Les défis sont immenses dans cette ville qui n’a pas connu de plan de développement depuis les années 1980. » La « Vision 2030 » du maréchal et de ses fils, dévoilée en février dernier, pourrait se révéler difficile à tenir malgré les bulldozers qui œuvrent jour et nuit pour donner à leur « capitale » cet atmosphère de renouveau savamment mise en scène.

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