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Pulitzer Center Update septembre 21, 2026

Les voix des jeunes Burkinabè pour la résilience alimentaire

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a group photo outside a school building
L’équipe de l’ASDD (Action, Solidarité et Développement Durable) au Burkina Faso, à l’issue de leur concours digital. Image reproduite avec l'aimable autorisation de l'ASDD. 2026.

Au Burkina Faso, le changement climatique n’est plus une préoccupation environnementale lointaine. L’irrégularité des précipitations, la dégradation des terres et la pression croissante sur les ressources en eau affectent de plus en plus la production agricole et la sécurité alimentaire, en particulier dans les communautés déjà confrontées à l’insécurité et aux déplacements de populations.

C’est dans ce contexte que l’Association Action Solidarité et Développement Durable (ASDD) a lancé le projet « Voix communautaires et résilience alimentaire face aux changements climatiques au Burkina Faso », réunissant des jeunes, des femmes, des acteurs communautaires et des étudiants afin d’explorer les moyens par lesquels les communautés peuvent répondre aux défis interdépendants du changement climatique et de l’insécurité alimentaire.

Au cœur de cette initiative se trouvait une enquête soutenue par le Pulitzer Center, intitulée Climate Change Is Driving Millions to the Precipice of a ‘Raging Food Catastrophe’. Plutôt que de considérer ce reportage comme une simple étude de cas internationale, l’ASDD l’a utilisé comme point de départ pour engager des discussions sur les réalités auxquelles sont confrontées les communautés à travers le Burkina Faso.

Des reportages internationaux aux réalités locales

Lors d’un webinaire national interactif organisé le 13 juin 2026, les participants ont exploré les liens entre les chocs climatiques, la dégradation des terres, la productivité agricole et l’insécurité alimentaire. Le reportage soutenu par le Pulitzer Center a fourni des données et des récits permettant de structurer les échanges, tandis que les participants ont apporté leurs propres expériences et réalités locales à la discussion.

Les agriculteurs et les acteurs communautaires ont décrit des saisons des pluies de plus en plus imprévisibles et des périodes sèches prolongées qui affectent des cultures de base telles que le maïs, le sorgho et le mil. Les participants ont également évoqué l’extension de la dégradation des terres et de la désertification, ainsi que le déclin qui en résulte de la fertilité des sols.

Pour les communautés touchées par l’insécurité, ces pressions sont aggravées par les déplacements de populations. Les personnes déplacées internes peuvent perdre l’accès à leurs terres agricoles, ce qui accroît leur dépendance à l’aide humanitaire tout en réduisant simultanément la production alimentaire locale.

La pénurie d’eau est également apparue comme une préoccupation majeure, notamment pour les femmes agricultrices dont la production maraîchère et l’alimentation des ménages dépendent fortement de l’accès à l’eau pendant la saison sèche. Ces discussions ont permis aux participants de considérer l’insécurité alimentaire non seulement comme un défi agricole local, mais aussi comme une composante d’une crise climatique et alimentaire plus large.

Créer un espace pour les voix des jeunes

Le webinaire a réuni 150 participants directs, dont 81 hommes et 69 femmes. Les principaux participants étaient des leaders de jeunesse, des étudiants, des acteurs de la société civile et des membres d’associations rurales. La discussion était délibérément conçue pour aller au-delà de la simple sensibilisation.

Les participants ont posé des questions concrètes sur la manière dont les technologies numériques pourraient aider les agriculteurs à anticiper les chocs climatiques, sur les mécanismes permettant aux coopératives féminines d’accéder au financement nécessaire aux systèmes d’irrigation solaires, ainsi que sur les actions que les jeunes pourraient entreprendre immédiatement pour contribuer à la restauration des terres dégradées.

Ces questions reflétaient une ambition plus large du projet : faire des jeunes non pas de simples destinataires d’informations sur la crise climatique, mais des acteurs capables de communiquer des solutions et de mobiliser leurs communautés. Cette approche s’est poursuivie à travers un concours de création numérique, lancé parallèlement au webinaire. Les jeunes professionnels ont été invités à produire des vidéos d’une à trois minutes portant sur la résilience climatique ou la sécurité alimentaire au Burkina Faso.

Au total, 25 projets vidéo ont été soumis. Un jury indépendant a évalué les productions selon des critères de créativité, de pertinence, d’exactitude et d’impact potentiel. Les trois vidéos retenues portaient respectivement sur l’irrigation solaire, la restauration des sols et les techniques de conservation des cultures.

Ancrer les récits climatiques dans les réalités locales et les langues nationales

Plusieurs équipes participantes ont choisi de réaliser leurs vidéos d’enquête entièrement en mooré et en dioula, deux langues largement parlées au Burkina Faso. L’ASDD n’avait pas initialement prévu cette approche, mais cette décision a renforcé le lien entre les contenus numériques et les communautés auxquelles ils étaient destinés.

Pour l’ASDD, cette expérience a souligné l’importance de communiquer des informations complexes sur le climat de manière accessible aux communautés qui se trouvent au-delà des centres urbains et des publics disposant d’un accès numérique régulier.

L’organisation a été directement confrontée à ce défi lors du webinaire. Des problèmes de connexion Internet dans les zones rurales, notamment autour de Toussiana et de Koupéla, ont initialement rendu difficile la participation de certaines personnes à la session en direct. En réponse, l’ASDD a mis en place un relais audio en direct à travers des groupes WhatsApp communautaires, puis diffusé des résumés simplifiés en mooré et en dioula via son réseau Radio-Climat.

Cette expérience a montré que l’engagement numérique ne doit pas nécessairement reposer exclusivement sur des plateformes nécessitant une connexion à haut débit. En combinant les outils numériques avec la radio, WhatsApp et la communication dans les langues locales, le projet a pu atteindre des communautés qui auraient autrement risqué d’être exclues.

Le journalisme comme catalyseur de l’action

Tout au long du projet, l’enquête soutenue par le Pulitzer Center a joué un rôle allant bien au-delà de celui d’une simple ressource documentaire. Ses conclusions ont constitué une base factuelle pour les discussions et un point de référence pour les jeunes créateurs participant au concours.

Les participants ont examiné comment les défis climatiques décrits dans l’enquête pouvaient être compris à travers le contexte burkinabè. Les échanges ont notamment porté sur l’agriculture agroécologique, la restauration des sols, le compostage, le biochar, les biopesticides naturels, la conservation de l’eau et la diversification des cultures résilientes au climat.

Le reportage a également introduit une dimension de vérification des faits dans le concours. En demandant aux jeunes créateurs d’appuyer leurs vidéos sur des informations documentées, l’ASDD les a encouragés à aller au-delà des messages généraux sur le climat pour produire des récits fondés sur des informations vérifiées.

Ce lien entre journalisme et engagement citoyen s’est également reflété dans les retours des participants. Selon l’enquête menée après l’événement par l’ASDD, 92 % des répondants se sont déclarés satisfaits ou très satisfaits du webinaire, tandis que 88 % ont indiqué que le reportage soutenu par le Pulitzer Center avait considérablement changé leur perception de l’urgence climatique. Par ailleurs, 95 % ont déclaré se sentir mieux préparés à agir en faveur de la résilience alimentaire dans leurs communautés.

Amplifier les voix des communautés

En réunissant journalisme d’investigation international, connaissances locales et narration numérique portée par les jeunes, le projet de l’ASDD a créé un espace permettant aux communautés du Burkina Faso de relier les tendances climatiques mondiales aux réalités qu’elles vivent sur le terrain.

L’initiative a montré comment une enquête journalistique peut aller au-delà de sa publication initiale pour devenir un outil de dialogue, d’apprentissage et d’engagement communautaire. Pour les jeunes participants, le projet a constitué une occasion non seulement d’en apprendre davantage sur l’insécurité alimentaire liée au changement climatique, mais aussi de raconter leurs propres histoires, d’enquêter sur les défis locaux et de mettre en lumière des solutions possibles.

Dans un contexte où les chocs climatiques et l’insécurité alimentaire se croisent de plus en plus avec d’autres facteurs de vulnérabilité, amplifier les voix des communautés constitue une étape importante pour faire progresser le dialogue autour de la résilience.