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Pulitzer Center Update septembre 8, 2026

De jeunes Éthiopiens réinventent l’avenir du Nil grâce au journalisme et au storytelling numérique

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Nile blog
Participants à l'initiative « Voices Against Resistance : l'engagement des jeunes dans le dialogue sur le bassin du Nil à travers les médias et les plateformes numériques ». La rencontre s'est tenue le 10 février 2026 à Addis-Abeba, en Éthiopie. Photo gracieusement fournie par EMMA Radio and TV Media PLC.

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De la fin de 2025 au début de 2026, EMMA Radio & TV a réuni des jeunes, des journalistes, des chercheurs, des acteurs de la société civile et des experts régionaux à travers des webinaires, un dialogue en présentiel à Addis-Abeba et un concours de storytelling numérique consacré à l’une des ressources partagées les plus complexes du continent : le Nil.

Soutenu par le Pulitzer Center, le projet « Voices Against Resistance: Youth Engagement on Nile Basin Dialogue through Media and Digital Platforms » a utilisé le journalisme comme point de départ pour permettre aux jeunes de questionner les récits dominants, d’examiner différents points de vue et d’imaginer de nouvelles possibilités de coopération à travers le bassin du Nil.

Au cœur du projet se trouvait le travail journalistique soutenu par le Pulitzer Center de la journaliste Ann Neumann, dont l’enquête sur l’hydroélectricité, le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) et les enjeux politiques entourant le Nil a offert aux participants une porte d’entrée humaine sur une question souvent dominée par les débats techniques et politiques.


Placer les jeunes au cœur de la conversation


Le projet n’avait pas simplement pour objectif d’informer les jeunes, mais de leur donner la possibilité de devenir eux-mêmes des acteurs de la conversation. Une série de trois webinaires régionaux a réuni des experts de plusieurs pays, notamment l’Éthiopie, l’Égypte, le Soudan, le Kenya, l’Ouganda et le Rwanda. Ces sessions ont permis aux participants d’examiner les enjeux liés au Nil à partir de perspectives nationales et disciplinaires diverses, en abordant notamment les effets du changement climatique, la gouvernance, l’innovation, l’hydroélectricité et la coopération régionale.

Le dialogue en présentiel est venu compléter ces échanges en offrant aux participants un espace pour partager leurs réflexions personnelles, débattre en petits groupes et échanger directement avec des experts. Cette approche a remis en question l’idée selon laquelle les jeunes seraient de simples consommateurs d’information. Ils ont plutôt été encouragés à devenir des producteurs de connaissances et des storytellers, capables de transformer des questions régionales complexes en récits accessibles à un public plus large. Pour certains participants, cette expérience a également suscité un intérêt pour le développement de liens plus solides au-delà des frontières. Les discussions autour du Nil ont notamment fait émerger, de manière spontanée, l’idée de créer des réseaux de dialogue entre jeunes afin de poursuivre ces conversations au-delà du projet.


Le journalisme comme pont vers le dialogue régional


Le projet a également mis en évidence le rôle du journalisme dans la vulgarisation des questions complexes. Le reportage soutenu par le Pulitzer Center a fourni aux participants des informations documentées et des perspectives humaines pouvant servir de base aux discussions. En reliant journalisme d’investigation, dialogue entre jeunes et storytelling créatif, EMMA Radio & TV a transformé le reportage : d’un contenu à lire, il est devenu un point de départ pour débattre, interpréter et imaginer de nouvelles perspectives.

Cette approche a également souligné l’importance d’un débat public fondé sur des informations vérifiées, à une époque où les réseaux sociaux peuvent amplifier rapidement aussi bien les informations fiables que la désinformation. Pour les jeunes storytellers, l’utilisation du reportage leur a permis non seulement d’approfondir leur compréhension des enjeux liés au Nil, mais aussi de développer leur capacité à communiquer de manière responsable sur des questions politiquement et socialement sensibles.


Quand le journalisme devient un point de départ pour la créativité


Le concours de storytelling numérique a permis d’aller encore plus loin dans cette dynamique. Les jeunes participants ont été invités à interpréter les thèmes du projet à travers leurs propres créations. Sur des plateformes telles que TikTok et Instagram, ils ont exploré des questions liées à l’hydroélectricité, à l’identité nationale, à la diplomatie, au changement climatique, à la désinformation et à l’avenir du Nil. Plus de 180 contenus multimédias ont été produits dans le cadre de la composante numérique, permettant de prolonger les conversations au-delà des webinaires et du dialogue en présentiel.

Ces contenus ont révélé la diversité des façons dont les jeunes perçoivent le Nil. Certains créateurs se sont intéressés à l’hydroélectricité comme symbole de développement national et de sécurité énergétique. D’autres ont abordé les préoccupations environnementales et les effets de la variabilité climatique sur les communautés qui dépendent du fleuve. Plusieurs ont exploré la diplomatie de l’eau et encouragé la coopération entre les pays en amont et en aval. D’autres participants se sont intéressés au rôle de l’information elle-même. Leurs vidéos ont examiné la désinformation et la guerre de l’information autour du Nil, en questionnant la manière dont les rumeurs, les messages politiques, le traitement médiatique et les récits concurrents peuvent influencer l’opinion publique et exacerber les tensions régionales.


Le concours


Les productions récompensées dans le cadre du concours ont illustré les différentes manières dont les jeunes peuvent interpréter un même défi régional.

Hanna Kefale, arrivée en première position, a utilisé trois créations pour explorer le rôle du leadership politique, la diplomatie entre les peuples, la coopération entre les pays du bassin du Nil et la place des jeunes dans l’avenir de la région. Son travail a souligné que les progrès ne peuvent pas être mesurés uniquement à travers les infrastructures : les relations et le dialogue entre les peuples et les pays comptent également.

Abraham Hailu, arrivé en deuxième position, s’est intéressé à la manière dont les récits médiatiques ont façonné les perceptions du Nil au fil du temps. Son travail a également examiné l’approche d’autofinancement adoptée par l’Éthiopie pour le GERD ainsi que l’influence des acteurs internationaux sur la politique du Nil, mettant en évidence les liens entre développement, nationalisme et storytelling.

Simeneh Emiru, arrivé en troisième position, s’est concentré sur la désinformation et la guerre de l’information. Son travail a exploré la manière dont les récits, les rumeurs et les messages politiques peuvent influencer les perceptions du public concernant le Nil et contribuer aux tensions régionales.


Passer de consommateurs d’information à storytellers engagés


Le concours numérique accordait également une place importante à l’éducation aux médias. Les participants étaient encouragés à s’appuyer sur des informations fiables, à vérifier les faits et à communiquer de manière responsable sur des questions complexes. Cette démarche était particulièrement importante compte tenu de la sensibilité politique des débats autour du bassin du Nil, où la désinformation peut renforcer la méfiance et alimenter des récits polarisés. Le processus d’évaluation prenait en compte la créativité, la pertinence par rapport au reportage soutenu par le Pulitzer Center, l’exactitude des informations et l’impact potentiel des productions. Les participants n’étaient donc pas récompensés uniquement pour avoir créé des contenus attractifs. Ils devaient également démontrer leur compréhension des enjeux, établir un lien avec un journalisme crédible et contribuer de manière constructive au débat public.

Le résultat est une collection croissante de contenus produits par des jeunes, qui transforment des questions complexes liées à l’hydroélectricité et à la diplomatie de l’eau en récits accessibles au grand public. Certains participants ont exploré le lien entre l’énergie et le développement rural. D’autres ont établi des connexions entre l’électrification, l’éducation, la santé, l’entrepreneuriat et l’autonomisation des femmes. Plusieurs ont imaginé des formes de coopération capables de transformer le Nil, d’une source de tensions, en un espace de collaboration régionale.


Faire place à la diversité des perspectives


L’une des réalisations les plus importantes du projet a été sa capacité à créer un dialogue entre différents pays et différentes perspectives. Les discussions n’ont pas fait disparaître les désaccords politiques qui entourent le Nil. Elles ont plutôt créé un espace permettant aux participants de comprendre les raisons de ces désaccords et la manière dont les différentes communautés vivent et perçoivent ce même fleuve. Pour les jeunes participants, cela signifiait dépasser les récits simplifiés opposant les pays en amont à ceux situés en aval, et prendre en compte les conséquences humaines des décisions prises à l’échelle régionale. Cela signifiait également réfléchir au rôle des médias dans la construction de ces perceptions.

Comme l’a souligné un participant: "Cette histoire a changé ma façon de voir les eaux du Nil ; elles nécessitent du dialogue, la prise en compte des perspectives des autres et une coopération mutuelle et responsable."

Un autre participant a déclaré: "Je comprends maintenant comment la désinformation crée des conflits."

Et un autre a résumé l’une des ambitions du projet en quelques mots: "Nous avons besoin d’un dialogue entre les jeunes au-delà des frontières."

Ces réflexions témoignent d’une évolution plus large: le Nil n’est plus seulement perçu comme un enjeu géopolitique opposant différentes parties, mais aussi comme un espace partagé qui nécessite communication, information fiable et coopération.

Les défis


L’initiative a également rencontré plusieurs difficultés, notamment la coordination de participants issus de plusieurs pays et la gestion de récits politiquement sensibles. Pourtant, ces défis ont renforcé l’importance de créer des espaces où les questions complexes peuvent être abordées ouvertement et dans le respect des différentes opinions. L’expérience du projet a montré que le dialogue peut contribuer à instaurer la confiance et à favoriser la compréhension mutuelle, et que les jeunes ont un rôle essentiel à jouer dans la construction de l’avenir de la coopération régionale. Plus important encore, le projet a montré que l’avenir du Nil ne doit pas être raconté uniquement par les gouvernements, les décideurs politiques ou les institutions.

Les jeunes racontent déjà leurs propres histoires. À travers les vidéos, la recherche, le dialogue et les médias numériques, ils s’interrogent sur ceux qui bénéficient de l’hydroélectricité, sur les voix absentes des discussions, sur la manière dont la désinformation façonne les relations régionales et sur la possibilité de remplacer la confrontation par la coopération. Le fleuve peut traverser les frontières, mais les conversations qu’il suscite ne doivent pas nécessairement s’arrêter à celles-ci. En plaçant le journalisme entre les mains des jeunes et en leur donnant les outils pour questionner, créer et s’engager, l’initiative menée en Éthiopie a proposé une autre vision du Nil: une vision dans laquelle les jeunes ne se contentent plus d’écouter la conversation régionale, mais contribuent activement à la façonner.
 

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