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Pulitzer Center Update septembre 8, 2026

La jeunesse ghanéenne remet en question les systèmes à l’origine de la pollution plastique

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Des jeunes ont participé à la série de webinaires et de concours numériques #YouthOvaPlastic. Image fournie par le Mouvement des jeunes pour l'environnement du Ghana.

Au Ghana, la crise du plastique est visible partout : dans les caniveaux obstrués, sur les plages polluées et jusque dans les sachets d’eau utilisés quotidiennement. Mais pour les jeunes ayant participé à la série de webinaires et au concours numérique #YouthOvaPlastic, la question n’était pas seulement de savoir comment nettoyer les déchets plastiques. Il s’agissait surtout de comprendre comment le Ghana en est arrivé à dépendre autant du plastique, et ce qu’il faudrait faire pour changer ce système.

Organisée par le Ghana Youth Environmental Movement (GYEM) entre mars et avril 2026, l’initiative a réuni 418 jeunes à travers trois webinaires interactifs et un concours numérique consacrés aux plastiques à usage unique, à la justice environnementale, aux politiques publiques et aux alternatives durables.

Au cœur de l’initiative se trouvait "Knot Trash", une enquête soutenue par le Pulitzer Center et réalisée par la journaliste Anne Whiting. Plutôt que de présenter la pollution plastique comme un simple problème de comportement individuel ou de mauvaise gestion des déchets, l’enquête a permis aux participants d’adopter une perspective plus large, reliant la crise plastique du Ghana au commerce mondial des déchets, aux décisions politiques historiques, à l’industrie de la fast fashion et à la disparition progressive de systèmes autochtones de production et d’emballage.
 

De la "gestion des déchets" au changement systémique


La série #YouthOvaPlastic avait pour objectif de remettre en question un récit largement répandu : celui selon lequel la pollution plastique serait principalement due au fait que les populations ne jettent pas correctement leurs déchets. À partir des enseignements de Knot Trash, les participants ont exploré le concept de "colonialisme des déchets" et les mécanismes par lesquels les pays du Sud global supportent les conséquences environnementales de modes de consommation qui trouvent souvent leur origine ailleurs.

Les discussions ont notamment établi des liens entre les déchets plastiques qui envahissent Accra, les volumes considérables de vêtements de seconde main et leurs emballages qui arrivent sur des marchés comme Kantamanto, ainsi que l’histoire de l’économie des sachets d’eau au Ghana. Elles ont également porté sur les liens entre infrastructures publiques, politiques économiques et dépendance au plastique.


Trois conversations, trois perspectives


L’initiative s’est déroulée autour de trois webinaires organisés entre le 18 mars et le 15 avril, chacun abordant la crise plastique sous un angle différent. La première session, "The Foundations of Waste Colonialism", a exploré l’histoire de l’utilisation du plastique au Ghana, l’ampleur mondiale de sa production et le passage des systèmes traditionnels d’approvisionnement en eau à l’actuelle économie des sachets. Des jeunes du Ghana ont échangé avec des participants venus du Sénégal, de la Namibie et du Nigeria, donnant naissance à une conversation panafricaine sur les conséquences environnementales des modes de consommation mondiaux sur le continent.

La deuxième session s’est concentrée sur les politiques publiques et la gouvernance. Les participants ont examiné le paysage réglementaire ghanéen, l’état des négociations autour du Traité mondial sur les plastiques ainsi que les défis liés à une proposition d’interdiction progressive des plastiques à usage unique. Ils se sont notamment demandé qui devait porter la plus grande responsabilité face aux déchets plastiques : les gouvernements, les entreprises ou les consommateurs? Et à quoi devrait ressembler une réglementation véritablement efficace?

La troisième session, "Community Innovations", a déplacé l’attention vers les personnes qui développent déjà des solutions. Les échanges ont mis en lumière le rôle des travailleurs informels du secteur des déchets, des innovateurs communautaires et des pratiques traditionnelles, notamment l’utilisation de matériaux naturels comme les feuilles et le potentiel des systèmes de recharge pour réduire la dépendance aux sachets d’eau.


Transformer le journalisme en action


Le projet ne s’est pas limité au dialogue. À la suite des webinaires, GYEM a lancé le concours numérique #YouthOvaPlastic, invitant les jeunes à montrer les changements pratiques qu’ils pouvaient mettre en œuvre dans leur vie quotidienne et dans leurs communautés. Les participants ont soumis de courtes vidéos présentant des actions telles que le refus des plastiques à usage unique, le tri des déchets, la réutilisation des matériaux plastiques et l’adoption d’alternatives durables. Dix jeunes ont soumis des vidéos, générant une portée cumulée de plus de 21 000 personnes sur différentes plateformes. Les vidéos gagnantes ont montré comment des changements relativement simples dans les habitudes quotidiennes peuvent devenir de puissants outils de sensibilisation.

Nana Ama Okyerebea Abedi, première lauréate, a montré comment elle se prépare pour aller en cours en utilisant des objets réutilisables, notamment un sac fabriqué à partir de matériaux recyclés, une tasse réutilisable et une gourde.

Joy Jackson, deuxième lauréate, a présenté une approche plus collective à travers son travail avec Enactus. Elle a notamment montré comment son équipe transforme des plastiques à usage unique en sacs, encourage le tri des déchets auprès des étudiants et développe des partenariats pour promouvoir des pratiques plus durables.

Fareeda Amankwah-Gabbey, troisième lauréate, a démontré comment les sachets d’eau usagés peuvent être transformés en sacs écologiques, tout en transmettant cette compétence à sa sœur ou son frère. Ces contributions ont illustré l’idée centrale du projet : le changement de comportement devient plus puissant lorsque les alternatives sont visibles, concrètes et accessibles dans les communautés.


Redécouvrir des solutions qui existent déjà


L’un des enseignements les plus importants de l’initiative a été la valorisation des savoirs autochtones. Le projet a notamment présenté Ahaban, une pratique traditionnelle d’emballage utilisant des feuilles, ainsi que d’autres alternatives historiques telles que les pots en argile, les feuilles de bananier, les fibres végétales et le bambou. Ces exemples remettent en question l’idée selon laquelle la durabilité nécessite nécessairement une nouvelle invention technologique. Dans certains cas, la solution pourrait consister à redécouvrir et réhabiliter des connaissances et des systèmes qui existaient déjà avant la généralisation des plastiques à usage unique. La collaboration avec Plastic Punch a renforcé cette réflexion grâce à une démonstration de sa station de remplissage d’eau "Nsuo Pa". Celle-ci a offert aux participants un exemple concret de la manière dont des infrastructures modernes de recharge peuvent réduire la dépendance aux sachets tout en s’inspirant de la logique communautaire des systèmes traditionnels d’approvisionnement en eau.


Des habitudes individuelles au plaidoyer collectif


L’initiative #YouthOvaPlastic a également renforcé une leçon importante pour GYEM : le changement de comportement durable ne se produit pas à travers une seule conversation. Au cours d’un exercice appelé "Habit Audit", les participants ont identifié certaines habitudes liées au plastique qu’ils souhaitaient modifier et se sont engagés à adopter des actions concrètes, notamment utiliser des gourdes et des sacs réutilisables et encourager leur entourage à faire de même. Mais les discussions ont également dépassé la question de la responsabilité individuelle pour aborder celle des politiques publiques et de la redevabilité. Les participants ont débattu de l’interdiction progressive proposée pour les plastiques à usage unique, du cadre de Responsabilité Élargie des Producteurs (REP), de l’influence de l’industrie pétrochimique dans les négociations internationales sur les plastiques et de la nécessité de reconnaître et d’intégrer les travailleurs informels du secteur des déchets dans les systèmes nationaux de gestion des déchets. Le résultat a été une conversation qui avançait dans deux directions complémentaires : changer les comportements individuels tout en exigeant des transformations structurelles.


Une conversation panafricaine sur la justice environnementale


Bien que l’initiative soit ancrée au Ghana, son format numérique a permis au dialogue de dépasser les frontières nationales. Des jeunes du Sénégal, de la Namibie et du Nigeria ont participé aux discussions, ouvrant un espace de réflexion plus large sur la manière dont les pays africains peuvent répondre collectivement aux flux de déchets et aux modes de consommation provenant du Nord global. Pour GYEM, cette dimension régionale est essentielle. La pollution plastique ne s’arrête pas aux frontières nationales, pas plus que le commerce mondial des déchets. L’initiative est ainsi devenue non seulement une campagne sur la crise plastique au Ghana, mais également une conversation sur la justice environnementale, la souveraineté et le droit des communautés africaines à participer à la définition des systèmes qui affectent leur environnement et leur santé publique.
 

Et maintenant?


La série #YouthOvaPlastic s’inscrit désormais dans la campagne plus large de GYEM en faveur d’une interdiction progressive des plastiques à usage unique et d’une action politique renforcée. L’organisation prévoit de continuer à partager les changements de comportement documentés à travers le concours numérique, de transformer certaines discussions des webinaires en contenus de type podcast et de maintenir son engagement auprès des acteurs impliqués dans le cadre de Responsabilité Élargie des Producteurs du Ghana. Le projet a également permis de tirer une leçon importante sur le plan opérationnel : les campagnes numériques doivent disposer de systèmes solides pour préserver leur propre mémoire. Après avoir perdu l’accès à l’enregistrement du troisième webinaire en raison d’un problème technique sur X, GYEM a identifié la nécessité d’enregistrer les futures sessions localement et sur plusieurs plateformes. Mais la leçon la plus importante est peut-être plus simple.

Le changement de comportement n’est pas un événement ponctuel.

Il nécessite des actions continues, des alternatives visibles et des communautés prêtes à remettre en question les systèmes qui donnent l’impression que certaines pratiques sont inévitables. À travers #YouthOvaPlastic, les jeunes Ghanéens ont eu l’occasion de faire exactement cela : partir du journalisme d’investigation, le relier à leurs réalités quotidiennes, questionner les systèmes à l’origine de la pollution plastique et commencer à transformer la connaissance en action. Comme l’a résumé un participant :

"Si vous regardez autour de vous et que vous n’êtes pas une solution, vous êtes certainement un problème."

Pour les jeunes qui ont participé à l’initiative, le défi n’est donc plus seulement de gérer les déchets plastiques du Ghana. Il s’agit désormais d’imaginer — et de contribuer à construire — un système différent.
 

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