Pendant un mois, entre le 8 juin et le 8 juillet 2026, le magazine Okapi Service de la Radio Okapi en RDC, a accentué son rôle de plateforme de dialogue en abordant des sujets épineux couvrant les forêts communautaires du Haut-Katanga au parc de Kahuzi-Biega, sans oublier le sujet brûlant des crédits carbone dans le bassin du Congo.
Chaque fois, la même dynamique : une enquête journalistique devient un débat d'experts ouvrant ainsi des discussions approfondies, puis une conversation à vif avec des auditeurs, apportant des perspectives essentielles.
Voici les leçons que cette série d’émissions radiophoniques participatives a permis de tirer:
Leçon 1: Une loi qui existe sur papier ne protège personne sur le terrain
Une loi non cartographiée, non zonée, est une loi qui ne protège rien.
Le 8 juin, l'émission consacrée aux forêts communautaires face à la ruée minière a réuni le professeur Jonathan Ilunga de l’Université de Lubumbashi et le journaliste Jonas Kiriko, boursier de Rainforest Investigations Network et journaliste à InfoNile. Ils ont décrit un système où les concessions forestières des communautés, notamment sur l'axe Likasi dans le Haut-Katanga, se retrouvent chevauchées par des titres miniers, parfois sur la même parcelle, revendiquée par deux régimes juridiques à la fois.
Les auditeurs, quant à eux, ont donné le ton le plus dur au débat, à travers ces déclarations : « La loi dit que cette forêt nous appartient. Mais sur la carte du ministère des Mines, elle appartient déjà à quelqu'un d'autre. Qui a raison ? ». Ou encore, « Il n'y a même pas de carte fiable. Tant qu'il n'y a pas de zonage clair, il y aura des affrontements. »
Mais leur message était sans ambiguïté, rejoignant ceux des invités sur le plateau : sans cadastre foncier, la protection légale des forêts communautaires reste un vœu pieux.
Leçon 2 : Protéger un parc sans dialoguer avec ses riverains, c'est fabriquer un conflit
La conservation qui ignore le dialogue avec les communautés ne produit pas la paix, mais déplace plutôt le conflit. Les débats autour du plateau et parmi les auditeurs convergent : des zones tampons communautaires et des activités génératrices de revenus autour du parc, plutôt que l'exclusion pure et simple.
Le 19 juin, le sujet a tourné autour du parc de Kahuzi-Biega et l'expulsion, sans compensation, de 6 000 ménages autochtones twas. Le chercheur Vedaste Cituli Alinirhu et l'ingénieur Joel Bololi Itombo ont rappelé que ces expulsions avaient entraîné des affrontements avec les gardes forestiers, parfois conduisant à la perte en vies humaines.
Les auditeurs connectés à l'antenne ont renchéri : « On ne dit pas qu'il ne faut pas protéger le parc. On dit qu'on ne peut pas nous chasser de nos terres sans rien nous donner en retour. » et « Il faut réparer ce qui a été fait aux Twas. Ce n'est pas de la charité, c'est une dette. »
Leçon 3 : Le crédit carbone finance des projets, pas toujours des populations
Un marché du carbone qui contourne les communautés qu'il prétend protéger finit par créer une perte de confiance et un climat de mécontentement. La redistribution équitable n'est pas un détail, c'est la condition de la paix et de la durabilité sociale autour de ces projets.
Les dernières émissions des 26 juin et 8 juillet ont exploré cette faille sous l'angle de l'enquête « Carbon Credits in Congo: The Cost of Capture » en deux parties de la journaliste Linda Ngari. Elles ont soulevé des préoccupations concernant l’efficacité des crédits carbone, en se concentrant sur le projet Jadora à Yafunga, les discussions ont révélé que, malgré les fonds récoltés, les retombées économiques pour les populations locales restent pratiquement inexistantes.
Le message des auditeurs, presque unanime : « On nous parle de millions récoltés grâce à nos forêts, mais nous, on n'a rien vu. Pas d'école, pas de route, pas de dispensaire. » et « Si le crédit carbone ne finance pas le reboisement ni l'agroforesterie chez nous, à quoi sert-il vraiment ? ».
En conclusion, cette série de débats radiophoniques a atteint près de 10 millions d’auditeurs et plus de 8 440 auditeurs sur les réseaux sociaux de l’émission, démontrant ainsi l’importance d’étendre le journalisme d'investigation à une audience plus large. La preuve qu'une enquête journalistique, même technique, trouve son public dès qu'elle est traduite en question vécue : qui possède cette terre, qui répare ce préjudice, qui touche cet argent ?
Les témoignages directs des auditeurs sont devenus une pièce maîtresse dans la compréhension de ces enjeux. La valeur de ces émissions réside non seulement dans le partage d’informations, mais également dans la création d’un espace où les voix locales peuvent éclairer le débat. Ce retour d’information direct sur les préoccupations des communautés concernées permet une interaction enrichissante entre les experts et le grand public.
Since the 1960 and 1970s, in several parts of Africa, international western organizations have...